Histoire de Mulhouse en deux pages
En regardant du côté des origines, on arrive à la conclusion que Mulhouse aurait pu ne pas exister ! Ce lieu disposait de bien peu d'atouts a priori et, pourtant, il est devenu la deuxième agglomération d'Alsace. Ce site marécageux, au confluent de deux rivières, est mentionné pour la première fois en l'an 803. Probablement un moulin et quelques fermes au milieu de nulle part. Car le petit territoire est à l'écart des voies romaines. Pas de richesse minière, pas de voie fluviale, mais un certain intérêt stratégique, aux carrefours de la Bourgogne, de la Suisse et de l'outre-Rhin. Un petit bourg se forme cependant ici et devient une petite ville, qui érige des remparts au XIIè siècle. D'abord sous la tutelle de l'Evêque de Strasbourg, la cité devient ville d'Empire en 1308 car, rappelons-le, l'espace rhénan fait alors partie du Saint Empire Romain Germanique. En 1354, Mulhouse intègre la Décapole, sorte d'alliance d'intérêts politiques, économiques et militaires entre une dizaine de villes d'Alsace. Pendant le Moyen-Âge, ces villes ont conquis des franchises, des libertés, des privilèges de la part des empereurs successifs, moyennant finances. Elles ont surtout obtenu la liberté de s'administrer elles-mêmes par un Conseil élu par les bourgeois. A Mulhouse, les activités agricoles, vinicoles et artisanales sont organisées par les corporations (Zünfte) qui jouent un rôle déterminant dans la désignation du pouvoir politique. Mulhouse a aussi expulsé ses nobles, qui lui gardent rancune et harcèlent la ville. Pour se défendre, le Conseil forme alliance en 1446 avec Berne et Soleure, en 1506 avec Bâle, puis en 1515 avec les autres cantons helvétiques. Entre 1523 et 1529, Mulhouse adhère à la Réforme, qui devient en quelque sorte la « religion d'Etat », excluant de la cité les catholiques « non convertis » et les juifs. L'Hôtel de Ville, prestigieux monument de la place de la Réunion, a été construit en 1551 et sert de cadre aux réunions du Grand Conseil et à la prestation de serment annuelle des bourgeois. Alors que l'Alsace devient française par le Traité de Westphalie en 1648, Mulhouse reste territoire indépendant derrière ses fossés et ses murailles. N'étant pas partie belligérante, elle s'enrichit pendant les guerres. Les capitaux d'origine commerciale s'accumulent. C'est derrière ces remparts que se produit, presque cent ans plus tard, l'événement qui va radicalement révolutionner le destin de Mulhouse : en 1746, quatre jeunes mulhousiens créent une manufacture d'indiennes. Les indiennes, ce sont ces tissus imprimés dont la production était prohibée en France depuis 1686, mais qui franchissaient néanmoins les frontières grâce à la contrebande. Lorsque la prohibition est levée, en 1759, Mulhouse a pris plus de dix ans d'avance et les « indienneurs » se multiplient dans la petite cité. Mais la Révolution et le Conseil général du Haut-Rhin élèvent des barrières douanières autour de la Cité-Etat, qui vont peu à peu étouffer l'activité économique. Au cours des négociations menées pour sortir la ville de cette crise, les Mulhousiens comprennent que le prix à payer est la réunion à la France. Les élites de la ville se sont d'ailleurs depuis longtemps intéressés aux idées du « Siècle des Lumières » : ils étaient abonnés à l'Encyclopédie et de nombreux jeunes industriels étaient membres de la « Société du bon goût et des belles lettres », affiliée à la même société helvétique.
Le 15 mars 1798 se scelle le nouveau destin de Mulhouse : le rattachement à la France est solennellement fêté et l'impression sur tissus peut dès lors se développer librement. Les usines s'élèvent hors des murs, de tous côtés : ce sont d'abord et encore des fabriques d'indiennes. Mais parce que les entrepreneurs mulhousiens veulent tout maîtriser, des machines sont inventées pour automatiser le travail d'impression, ensuite pour fabriquer les toiles sur place. Des ateliers produisent les colorants. Les industriels s'enrichissent prodigieusement et monopolisent rapidement le pouvoir politique. Entre 1825 et 1830, ils construisent un « nouveau quartier » hors des murs, autour de la place de la Bourse et créent la Société Industrielle, qui devient une sorte de laboratoire d'initiatives économiques, techniques et sociales. Le patronat mulhousien prend aussi conscience de la condition misérable du prolétariat ouvrier, notamment grâce au fameux rapport du Dr Villermé. La construction de la Cité ouvrière, d'écoles maternelles appelées « salles d'asile », de l'hôpital et d'oeuvres sociales diverses constituent des réponses originales pour l'époque. A la fin du XIXè siècle, Mulhouse compte 100 000 habitants : usines et maisons de ville couvrent le territoire de la ville, qui n'a pas encore annexé Dornach et Bourtzwiller. Ainsi a poussé comme un champignon, en quelques décennies, « la ville aux cents cheminées » appelée aussi le « Manchester français ». En 1871, après la défaite de Sedan, l'Alsace et la Moselle deviennent Reichsland, de nombreux Mulhousiens optent pour la France et l'industrie s'oriente par la force des choses vers le marché allemand. Puis, à la fin du XIXè siècle, Alfred Dreyfus, dont l'affaire déchire la France, est emblématique de la francophilie de la population mulhousienne. Fils d'un industriel, il abandonne en 1871 sa carrière toute tracée pour rejoindre Paris et l'école de guerre et ainsi préparer la Revanche. Peu avant le début de la guerre de 14-18, Dornach est incorporé à Mulhouse avec toutes ses usines le long du Steinbächlein, dont DMC. Après le retour à la France, l'industrie mulhousienne à peine reconvertie vers les marchés français, doit subir les conséquences de la crise des années 30 et des pans industriels entiers s'effondrent durablement, au point qu'après la seconde guerre, des hectares de friches d'usines attendent une reconversion. Après de douloureux soubresauts jusque dans les années 1975-80, l'industrie mulhousienne liée au textile disparaît presque complètement. Dès 1950, après les années de reconstruction, Mulhouse entre dans un demi-siècle de mutations au cours de laquelle les cheminées disparaissent pour faire place à une ville à vocation tertiaire, où dominent les grands services (les hôpitaux sont aujourd'hui le premier employeur de la ville), l'Université et le tourisme avec d'exceptionnels musées techniques. Dans l'agglomération mulhousienne, l'industrie automobile est devenu le moteur économique de la région, après le déclin du textile et de la potasse. En se dotant d'un tramway pour entrer dans le XXIè siècle, Mulhouse veut affirmer sa nouvelle image de ville moderne et dynamique.
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